Une Plateforme contre l’échec scolaire : Pourquoi ?

Chaque année, 40 000 élèves redoublent en Communauté française de Belgique. Sur une scolarité de 12 ans, cela fait 480 000 redoublants. Près d’un enfant sur deux sera touché par le redoublement.

Si cela ne suffisait pas, 34 % des enfants quittent l’enseignement avant la fin du secondaire, sans diplôme, hypothéquant leur intégration sociale et influençant leur vie entière mais aussi, nous le verrons plus loin, la vie de leurs propres enfants. Loin d’être nés, ils sont déjà condamnés…

Il y a 1 060 000 êtres humains qui entrent dans la catégorie  » enfants « , en en Wallonie et à Bruxelles, c’est-à-dire âgés de 0 et 18 ans (sans compter les enfants de familles francophones vivant dans les communes à facilités et allant dans des écoles francophones). Dans le système scolaire actuel en vigueur, 360 400 d’entre eux sont d’hors et déjà condamnés à devenir les futurs précarisés de la société de demain. Ceux qui, n’ayant pas la moindre formation, seront condamnés aux tâches les moins valorisantes ou à devenir chômeurs de longue durée et donc, à terme, rayés du chômage et, par conséquent, de la vie sociale.

Laisser des enfants affronter la société sans diplôme revient à les condamner, sans regrets, à une vie socialement difficile, tout simplement parce qu’ils seraient de  » mauvais élèves « . Mais il n’y a pas de mauvais élèves. Tous les enfants sont capables d’apprendre et d’atteindre un niveau de qualité s’ils sont placés dans un système scolaire motivant, soucieux de ne laisser aucun élève sur le carreau et à qui on a donné les moyens de sa politique.

Ce sont les couches sociales les plus fragiles qui sont le plus concernées. L’inégalité est flagrante : 90 % des enfants d’enseignants et de cadres font des études supérieures, tandis que 65 % des enfants d’ouvriers n’y ont jamais accès ? Ceux-ci, par contre, se retrouvent en majorité sur les bancs des écoles professionnelles.

Les échecs trop nombreux (et leurs corollaires : les réorientations successives) emmènent rapidement et inexorablement les jeunes vers le décrochage et à manifester de la violence contre un système qui reproduit fidèlement les inégalités sociales.

Aujourd’hui déjà certains enfants sont réorientés à 6 ans, car ils redoublent leur dernière année de maternelle (on sait que, de ce fait, plus de 80 % de ceux-ci connaîtront l’échec au cours de leurs études). Déjà, à l’âge de 6 ans, ces enfants sont socialement prédestinés à l’échec.

Comment peut-on s’intéresser à des études et avoir envie de préparer activement son avenir lorsque l’on se retrouve dans des filières de relégation que l’on n’a jamais choisies et qui ont été imposées, que ce soit dans l’enseignement technique (où, en fin d’études, 80% des élèves sont en retards scolaires) ou dans le professionnel (qui affiche 90% de retards scolaires en fin d’études – ils sont déjà 75 % en début d’études), trop souvent considérés par les enseignants ‘orienteurs’, eux-mêmes, comme un enseignement  » poubelle « .

L’école, en tant que système social, génère des inégalités, des injustices, des échecs dont sont victimes tout à la fois les élèves et les enseignants, car il ne faut pas oublier les enseignants. Ceux-ci sont aussi les victimes d’un système archaïque qui est inscrit dans la mémoire collective de notre société, dans son fonctionnement institutionnel, et sur lequel ils n’ont, pour ainsi dire, aucune influence.

Il nous est apparu comme évident qu’il était urgent de remanier le système scolaire en profondeur, dans l’intérêt de tous ses acteurs (enfants, enseignants, parents) mais aussi de la société elle-même. En un mot, nous ne pouvions rester plus longtemps sans réagir face à cette injustice profonde.

Favorisant le travail en réseau, nous avons donc mis sur pied une plate-forme que nous avons appelée, tout simplement,  » plate-forme contre l’échec scolaire  » et à laquelle nous avons invité d’autres associations à nous y rejoindre. C’étaient des associations pour qui la lutte contre l’échec scolaire était souvent déjà une vieille aventure. Actuellement, cette plate-forme est composée de 9 associations (voir liste) , des trois grands syndicats d’enseignants et de  » spécialistes des sciences de l’éducation  » mais elle se veut ouverte pour le futur à toute autre association qui rejoint nos objectifs et notre manière de fonctionner.

Nous avons eu de nombreuses réunions de travail ou il a fallu d’abord se mettre d’accord sur ce qu’était l’échec scolaire. Celui-ci ne peut être estimé sur base du simple redoublement qui n’en est qu’un des indicateurs. L’abandon, les réorientations, le stress, la violence, etc. , sont d’autres facteurs de cet échec scolaire.

Ensuite nous avons pris le temps de chercher les points de convergences entre les associations. Nous souhaitions trouver le petit commun dénominateur de ces convergences. En fait, et ce fut une conclusion heureuse, nous en avons trouvé le plus grand commun multiple – on réinvente les mathématiques, car les visions étaient très proches les unes des autres et ne différaient que sur des points de détails. Et encore… il faut les chercher.

Quant au futur de la plate-forme contre l’échec scolaire – car ceci n’est qu’un début, outre le fait qu’elle est, qinsi qu’écrit plus haut, ouverte à toutes associations souhaitant l’intégrer sur base de notre mémorandum et en acceptant notre méthode de travail, nous avons pour vocation de lancer un débat de société sur la problématique de l’échec scolaire.

C’est toute notre Communauté qui doit se mobiliser pour changer le système. Le redoublement a encore de beaux jours devant lui s’il reste considéré comme pédagogiquement utile pour les élèves les plus faibles. Que ce soit dans le chef des enseignants, des parents, voire des élèves eux-mêmes, mais aussi des politiques, des médias, de toute la société. La réorientation, quant à elle, ne devrait plus intervenir avant la fin d’un cursus commun, le plus tard possible, et ne doit se faire que dans l’intérêt de chaque enfant. En collaboration avec lui et en respectant ses choix de vie. Plus question de vouloir absolument en faire un plombier s’il veut être informaticien ou enseignant.

Nous ne pouvons plus accepter l’échec scolaire et donc l’hypothèque de la vie sociale, voire la marginalisation de dizaines de milliers de jeunes chaque année. Il est urgent de changer les choses dans l’intérêt de tous les enfants. La lutte contre l’échec scolaire sera bénéfique pour tout le monde. En insufflant des moyens nécessaires et suffisants, elle profitera tant aux plus fragiles qu’à ceux qui ont moins de difficultés.

Nous terminerons en rappelant certains termes de la Convention relative aux droits de l’enfant qui, dans son article 28 dit :  » Les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances. Nous en sommes encore loin… (…) (§ e) : Ils prennent des mesures pour encourager la régularité de la fréquentation scolaire et la réduction des taux d’abandon scolaire.