Le travail des enfants

Bien que le droit international fixe à 15 ans l’âge minimal d’entrée dans la vie active, le travail des enfants est une réalité mondiale. Elle ne se limite pas aux pays  » en voie de développement  » mais touche également des enfants qui vivent dans les pays développés. Travail de week-end ou petit boulot pour obtenir de l’argent de poche, voire encore pour aider ses parents dans leur commerce ou, tout simplement, pour permettre à la famille de  » nouer les deux bouts « . Les chiffres réels sont difficiles à cerner. Néanmoins on estime que des centaines de milliers d’enfants sont au travail en Europe et aux Etats-Unis (pays privilégiés) et des centaines de millions dans le monde. Ainsi,
- aux Etats-Unis, 1 million d’enfants (essentiellement d’origine mexicaine) sont au travail et six cent mille enfants se prostituent ;
- au Royaume-Uni, 2 millions d’enfants travaillent ;
- au Portugal, ils sont 200 000 ;
- en Allemagne 300 000 (principalement des enfants turcs) ;
- et en Italie ils sont plus de 500 000 ;
- en Belgique et en France leur nombre est inconnu. Cela ne veut pas dire que le travail des enfants n’y existe pas.

Selon le BIT (Bureau International du Travail), le travail des enfants tend à se répandre à nouveau en Occident. Avec les crises, les fermetures d’usines, les délocalisations, certaines familles ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Le travail à domicile prospère, payé à la pièce, il permet flexibilité et productivité. Mais à ce rythme les prix baissent. En 1993, la finition d’un pull revenait à 25 centimes d’euro. Trois ans plus tard il ne valait plus que 2/3 du prix. Pour assurer des revenus minimaux, il faut produire plus. Alors on installe des machines dans les appartements et toute la famille, enfants compris, assure la production. Mais d’autres domaines sont touchés : agriculture, textile, commerce, hôtellerie, distribution de prospectus, commerce, etc. Selon un expert du BIT,  » Partout où il y a de l’immigration clandestine et du travail de sous-traitance à domicile, on peut être certain que des enfants travaillent. Parce qu’il faut bien manger.  »

Dans les pays du Sud de l’Europe, les enfants ont, de tout temps, été nombreux à travailler contre rémunération, essentiellement dans le secteur saisonnier, les petits métiers des rues, dans des ateliers et dans le cadre du travail à domicile. Dans les pays d’Europe centrale et orientale, les difficultés liées au passage de l’économie planifiée à l’économie de marché ont contribué à une recrudescence du travail des enfants.

Dans différents pays africains et asiatiques, l’esclavage est encore une réalité, comme au Pakistan ou 2 millions d’enfants sont au travail ; en Arabie Saoudite où des adolescentes sont vendues comme domestiques-esclaves ; au Soudan, en Inde où sur près de 100 millions d’enfants au travail, 5 millions sont des esclaves et le resteront probablement toute leur vie, sans parler des millions d’enfants-esclaves utilisés dans la prostitution, comme en Thaïlande (500 000), au Sri Lanka, aux Philippines, en Inde, au Brésil (500 000), et dans tous les autres pays du monde…comme chez nous, en Europe, où des réseaux de prostitution font venir des enfants d’Afrique où de l’Est de l’Europe dans le but de les prostituer.

Le BIT (Bureau International du Travail) estime qu’il y a, actuellement, 250 millions d’enfants dans le monde qui sont au travail (dont 140 millions de garçons et 110 millions de filles). 70 % d’entre eux ne sont pas rémunérés. Ils travaillent dans la petite entreprise familiale ou sont employés comme domestiques et la nourriture qu’on leur donne leur sert de salaire. Les produits fabriqués par les enfants sont en vente dans des magasins (petits et grands), à tous les coins de rue de notre planète.

De nombreux enfants effectuent des travaux pénibles et dangereux pour leur propre santé. Une enquête internationale récente montre que 20% d’entre eux sont victimes de maladies ou de blessures dues à leur travail. Le plus souvent, ces enfants n’ont pas les moyens de se soigner et leur patron ne leur paie pas de soins. Parfois même il les renvoie car ils sont devenus trop peu rentables.

Les journées de travail sont longues et fatigantes, souvent plus de 9 heures par jour, et ce, tous les jours de la semaine, y compris pendant les jours fériés : 80 % d’entre eux, soit 200 millions d’enfants n’ont donc ni jour de congé, ni loisirs. Ce sont, en général, les filles qui ont les plus longues journées de travail et ce, pour un salaire inférieur à celui des garçons qui effectuent le même travail.
Ces dernières années, l’attention internationale s’est concentrée sur le travail des enfants du tiers monde occupés dans des branches industrielles principalement orientées vers l’exportation, telles que l’industrie du textile, de la confection et les industries du tapis et de la chaussure. En réalité, le pourcentage d’enfants travaillant dans le secteur de l’exportation est beaucoup moins élevé que ceux qui sont occupés dans les branches d’activité tournées vers la consommation intérieure.

Raisons du travail des enfants

Si les enfants travaillent, c’est parce qu’ils ne peuvent faire autrement. Surtout lorsque le chômage est élevé chez les adultes et qu’il n’y a pas de sécurité sociale, les familles sont parfois amenées à faire travailler leurs enfants, tout simplement pour survivre. Tout les y pousse : la misère, l’abandon, la médiocrité de l’enseignement quand celui-ci existe, l’exode rural mais aussi les attitudes socioculturelles. Le travail des enfants constitue l’un des aspects inévitables de la pauvreté et du sous-développement. Si de 25 % à 40 % des enfants sont économiquement actifs dans certains pays en voie de développement, la plupart remettent leur argent à leurs parents car ce salaire est indispensable pour préserver le revenu du ménage et assurer sa survie. Travailler à plein temps est une question de survie pour les enfants des familles pauvres, lesquelles, de toute façon, n’auraient pas les moyens de les envoyer à l’école ?

Dans les pays pauvres, le travail des enfants est généralement considéré comme une conséquence inéluctable de la pauvreté. Les parents qui ont eux-mêmes travaillés lorsqu’ils étaient enfants, considèrent que le fait de travailler permet à leurs enfants, mieux que l’école, d’acquérir certaines compétences et une expérience qui leur seront utiles plus tard. Ce sont d’ailleurs très souvent les parents qui astreignent leurs enfants au travail. Quantité d’enfants sont employés dans l’entreprise familiale (ferme, boutique, atelier) et sont généralement davantage exploités que ceux qui travaillent hors du domicile familial.

Scolarité

La scolarité coûte cher et représente un très lourd investissement pour les familles pauvres qui doivent prendre à leur charge livres, fournitures scolaires, uniformes et frais de transport, voire verser de l’argent aux enseignants. Le coût d’un élève en âge d’école primaire représente parfois le tiers des revenus d’une famille, et de nombreux enfants sont obligés de travailler pour pouvoir, tout simplement, aller à l’école. Il faut également tenir compte du manque à gagner pour la famille d’un enfant scolarisé, d’autant plus que beaucoup de ménages comptent plus d’un enfant d’âge scolaire.

L’enseignement offert aux enfants pauvres est souvent de mauvaise qualité et offre si peu d’espoirs de promotion sociale que les enfants découragés estiment qu’il ne justifie pas de si lourd sacrifices et préfèrent aller travailler.

Ce sont généralement les familles pauvres qui ont le plus d’enfants. Or, on sait que la taille d’une famille influe considérablement sur le travail des enfants. Plus une famille est nombreuse, plus la probabilité d’enfants au travail est grande.

Le fait d’être scolarisé tout en travaillant de longues heures pose d’autres problèmes. Cela nuit à la santé de l’enfant, à son assiduité et à ses résultats scolaires

Le cas des filles : dans de nombreux pays, les parents, par culture ou tradition, favorisent systématiquement l’éducation des garçons au détriment des filles. On constate clairement un taux d’inscription supérieur chez les garçons. Les fillettes sont une source de main-d’œuvre très appréciée parce qu’on leur apprend à être dociles et obéissantes. Beaucoup d’entre elles sont réduites en esclavage

Main d’œuvre docile et bon marché

Les enfants coûtent moins cher que les adultes. La plupart du temps ils ne perçoivent que la moitié du salaire d’un travailleur adulte et, souvent, ils ne sont même pas payés. Ils créent moins de problèmes que les adultes car ils sont plus soumis et moins revendicatifs. Ne connaissant pas leurs droits il ne sont que rarement affiliés à un syndicat. Ils peuvent être mis à la porte du jour au lendemain, plus facilement que des travailleurs adultes et ainsi perdre toute possibilité de survivre ou d’aider leur famille à survivre.

Les enfants sont moins bien payés que les adultes. Une enquête réalisée au Ghana avec le soutien de l’OIT a montré qu’environ les trois quarts des enfants touchaient moins de 2000 cedis par mois, alors que le minimum légal est de 12 000 cedis.

Les enfants sont jugés irremplaçables en raison de leur taille et de leur dextérité présumée. En 1992, le BIT a réalisé à ce sujet une étude en Inde, principalement dans les fabriques de tapis, de bracelets de verre ainsi que dans les ateliers de polissage des diamants et autres pierres précieuses et dans les carrières. Les résultats de cette enquête infirment que les enfants soient les seuls à pouvoir accomplir certaines tâches. Généralement, les tâches que seuls les enfants accomplissent sont des tâches subalternes que les adultes pourraient faire au moins aussi vite.

Certains des plus beaux tapis, ceux qui présentent la plus grande densité de points, sont tissés par des adultes . Si l’on peut se passer de la dextérité des enfants pour tisser les tapis les plus fins, on voit mal pour quels autres métiers leurs  » doigts de fée  » seraient irremplaçables.

D’autres arguments en faveur du travail des enfants évoquent les privations économiques qu’encourraient les familles si l’enfant arrêtait de travailler. En réalité, les enfants ne perçoivent jamais le salaire minimal vital et les familles dont les enfants travaillent comptent au moins un adulte au chômage. Il faut donc remettre les adultes au travail et leur verser un salaire qui leur permette de subvenir aux besoins de leur famille et à la scolarité de leurs enfants .

Risques professionnels

Le concept de  » risques professionnels « , tel qu’il s’applique aux adultes, ne peut pas être adapté à l’enfant. En effet, les enfants sont loin d’avoir la même résistance que les adultes et leur constitution tant physiologique que psychologique les rend plus vulnérables. En outre, manquant encore de maturité, ils sont moins conscients des risques qu’ils encourent et sont, de ce fait, plus souvent victimes d’  » accidents du travail  » (voir « pour en savoir plus »).

De nombreux enfants sont soumis à des conditions de travail extrêmement dangereuses qui peuvent, à terme, avoir des effets dévastateurs pour leur santé. Les tâches pénibles telles que la manipulation de lourdes charges ou un travail nécessitant une mauvaise posture peuvent déformer leur ossature et les handicaper à vie. L’enfant est également moins résistant que l’adulte aux maladies et plus vulnérable aux mauvais traitements, tant physiques, psychologiques ou sexuels, dont il serait plus souvent victime.

Par exemple, les petits trieurs d’ordures aux Philippines sont exposés à un risque très grave de maladie ou de handicap durable : une très forte concentration de plomb et de mercure dans le sang, blessures par balle, blessures consécutives à de mauvais traitements, infections graves telles que le tétanos, troubles pulmonaires, déformation du squelette dues à la manutention de lourdes charges, maladies de la peau et autres maladies provoquées par le manque total d’hygiène.

Si, de tous les travailleurs ce sont les enfants qui sont les plus vulnérables, il existe, parmi ces derniers, des catégories qui le sont plus encore : les très jeunes enfants et les filles.

Plus l’âge auquel commencent à travailler les enfants est jeune, plus longtemps ceux-ci sont exposés aux risques cumulés. L’exposition plus longue à des substances provoquant des maladies caractérisées par de longues périodes de latence comme l’amiante, par exemple, augmente les risques de développer, à l’âge adulte, des maladies chroniques mortelles ou invalidantes qu’ils seront – de toute façon – dans l’impossibilité, de faire soigner.

Les filles sont, elles, victimes de discriminations. Elles commencent bien souvent à travailler plus tôt que les garçons et, à travail égal, perçoivent un salaire moindre.

Le travail dans les mines et les carrières

Les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont encore nombreux à posséder de petites mines, qu’elles soient souterraines ou à ciel ouvert. Les conditions de travail qui y règnent sont parmi les plus dangereuses. Les accidents mortels dus aux éboulements ou aux explosions sont loin d’être rares et, le plus souvent, aucun poste de premiers soins ne se situe à proximité. Les puits sont profonds et mal étayés. La ventilation, quand elle existe, est souvent déficiente. Les enfants y travaillent jusqu’à 12 heures par jour avec seulement une courte pose pour manger. Ils n’ont aucun équipement de protection et aucune formation spécifique dans le domaine de la sécurité. Quand ils existent, les règlements relatifs à la sécurité ne sont presque jamais appliqués.

Le secteur de la construction

Bien que ce secteur ne concerne que 2 % du total de la main d’œuvre enfantine, c’est celui où le nombre de maladies et de blessures est le plus élevé. Une étude du Bureau International du Travail (BIT) indique de plus d’une fille sur trois et d’un garçon sur quatre souffrent de lésions et de maladies dans ce secteur.

Le travail dans le secteur de la construction nécessite une force physique importante, aussi les enfants sont-ils plus souvent affectés aux activités plus  » légères  » : mélange du ciment, fixation des fenêtres, des câbles électriques et des canalisations, de la peinture et surtout à la fabrication des briques.

Cette dernière activité s’effectue dans des conditions malsaines et dangereuses qui retarde ou affecte la croissance et le développement physique des enfants. La sous-nutrition, le manque d’eau potable et le contact avec l’argile contribuent à la propagation des maladies et des infections. On trouve des enfants de 5 ou 6 ans, travaillant 4 à 6 heures par jour à toutes les étapes de la fabrication des briques, afin d’aider leurs parents dont le salaire suffit à peine à assurer le niveau minimal de subsistance.

La fabrication de verre, d’allumettes et de feux d’artifices

Ces activités sont bien connues pour leurs conditions extrêmement pénibles et dangereuses. Les enfants travaillant à la fabrication du verre doivent transporter des potées de verre fondu dont la température est de 1800°, dans des locaux non ventilés, ce qui renforce encore la concentration des gaz toxiques. Ils travaillent huit heures par jour et ne touchent que les 2/3 du salaire de leurs collègues adultes. Les risques de brûlures et de coupures sont extrêmement élevés. Après quelques années passées dans ce secteur, la plupart des travailleurs souffrent de maladies respiratoires graves, notamment d’asthme ou de silicose.

On trouve, en Inde, des enfants de moins de dix ans employés à la fabrication d’allumettes ou de feux d’artifice. ils sont en contact constant avec des substances dangereuses et le risque d’incendies et d’explosions est constant. Les travailleurs sont payés à la pièce mais les enfants ne touchent que 50 % du salaire des adultes.

Le secteur des tapis

Le secteur de la fabrication des tapis emploie de nombreux enfants car il exige des doigts agiles et une vue perçante. Le travail s’y apparente à l’esclavage.

On y trouve encore des enfants enchaînés aux métiers à tisser. Les enfants nouent durant de longues heures les laines des tapis sans pouvoir se reposer, dans une atmosphère lourde, peu éclairée et rarement aérée. Ils sont atteints de maladies respiratoires et leur position de travail menace le développement de leur colonne vertébrale. C’est un secteur en croissance. 420 000 enfants y étaient employés au début des années 90, contre 100 000 en 1975.

Le travail des champ

C’est dans les zones rurales que se trouvent 70 % des enfants travailleurs, essentiellement dans l’agriculture. C’est un travail dangereux du fait des charges trop lourdes pour une constitution enfantine et les accidents résultant du maniement d’outils tranchants ne sont pas rares.

Dans certains pays d’Asie, les enfants sont chargés d’indiquer, par de petits drapeaux, les endroits où les avions pulvérisateurs doivent larguer leur cargaison. Ils n’ont aucune formation en matière de sécurité par rapport à la manipulation de poisons et ne reçoivent aucun équipement de protection. Ils sont donc directement exposés à un empoisonnement par contact de la peau ou par les voies respiratoires. Les enfants sont plus sensibles que les adultes à l’effet des pesticides et on a constaté un accroissement des risques de cancers et d’anomalies du système immunitaire.

Ligue des Droits de l’Enfant a pour but de combattre l’injustice et toute atteinte arbitraire aux droits de l’enfant ainsi que de veiller au respect des droits des enfants tels que décrits, entr’autres, dans la Convention relative aux droits de l’enfant et les textes internationaux relatifs aux droits de l’Homme. La Ligue tente de faire évoluer ces textes afin de toujours améliorer les droits des enfants. Elle veille à ce que l’intérêt supérieur de l’enfant soit toujours préservé. Elle met tout en oeuvre pour donner aux enfants un environnement et un monde de qualité, tant au point de vue humain que social ou écologique.Le travail des enfants